Les 13 cons que vous allez (re)croiser à la rentrée en salle des profs

En deux mois, vous avez souvent pu faire un RAZ avec ce magnifique cocktail mojito-merguez-deltaplane. Mais là, vous avez les deux pieds dedans et ça macère. Dans la rentrée jusqu’à la glotte, il faut bien vous y faire.

Ce qui signifie donc que vous êtes entrés à nouveau en contact avec l’Homo pedagogicus superior.

LE PROF.

Et, de plus, je n’oublie pas ces petits nouveaux dans l’Éducation nationale. Monsieur Z veille sur vous, mes nouveau-nés, mes prématurés, mes berceaux tout trognougnoux. Vous êtes entrés depuis peu dans la fosse aux lions, et ce n’est pas toujours celle que l’on croit. La salle des profs — SDP pour les intimes — recèle aussi son lot de prédateurs, de figures imposantes et malheureusement trop souvent imposées.

Comme sur la patinoire, nos stars bienveillantes sont prêtes à exécuter leur triple loose ou leur double flippe.

Voici 13 artistes de notre profession.

1° Le Pédagogisator

Affûté. Aiguisé. Décidé. Au sommet.

Il traîne souvent près de la machine à café ou de la photocopieuse, à la recherche de nouveaux adeptes. Ou de nouvelles proies, au choix.

Sa phrase fétiche :

« Ah non, avec moi… »

Notez bien l’incipit en version négative, puis, rapidement, l’insertion de sa propre personne. En version positive.

Tout est dit là.

Vous n’avez rien compris.

Lui, oui.

Vous êtes le crapaud coassant dans son cloaque et lui, la colombe avec son rameau d’olivier dans le cul. Lui, la beauté esthétique et vous, le furoncle. La french manucure et vous, le panaris.

Sa caractéristique principale est donc, vous l’avez compris, le talent. Mais aussi la générosité, puisqu’il aime le partager.

Longuement.

Largement.

Très en détails. Ou en statistiques.

Et, assez rapidement, il narre tout ce qu’il fait de bien. C’est-à-dire tout. Avec ses élèves, depuis quasiment le début de sa carrière. Au berceau il enseignait déjà à Sophie la Girafe comment elle devait se positionner vis-à-vis de sa mâchoire.

Aucun problème de discipline, pas un son plus haut que l’autre. Une pédagogie innovante et percutante, qu’on pratique jusqu’à Wallis et Foufouna, comme il aime à le répéter. Oui, il a un humour innovant et percutant également.

Les inspecteurs l’ont adoubé.

Ne reste plus que vous.

Ou alors…

Fuyez.

2° Le Traîne-la-patte

Mou. Flou. À genoux. Pouloulou.

Vous ne pourrez pas le louper. Si tant est que vous ayez tendance à avoir un champ de vision un peu bas, quasi crépusculaire. Raz de la pâquerette écrasée.

Vous le verrez alors déambuler, assez mollement, le regard hagard et le pas si lourd qu’il semble avoir été lesté pour une expédition lunaire.

Sa phrase fétiche :

« Ça va… comme un lundi. »

La phrase peut bien sûr être adaptée en fonction du jour de la semaine, l’attitude étant globalement la même et le ton tout aussi monocorde.

Bien évidemment, vous pourrez toujours vous enquérir de la raison d’une telle mélancolie professorale. Et là, il faudra être fort pour encaisser un tel tsunami de raisons, les unes plus valables que les autres.

Les classes ? Ici, elles sont trop excitées ; là, trop amorphes. Trop nombreuses. Trop peu nombreuses. Trop fainéantes. Trop de copies à corriger.

Le café ? Trop fort.

Les réunions ? Trop tardives.

Le papier WC ? Trop épais.

Il faudra donc vous y faire. La personne préférerait être dans le cabinet d’un dentiste atteint de presbytie dégénérative que dans une classe en train d’enseigner.

Pardon.

De survivre.

Attention donc à ne pas être entraîné, au détour d’un couloir, dans les abysses où seule la lumière de l’étoile d’Eärendil pourra vous sauver.

3° La Positive Attitudeholic

Chouette. Mignonnette. Bluette. Carpette.

Il y a les profs qui vivent avec nous sur Terre. Les orteils dans le cambouis.

Et il y a les autres.

Ceux qui arrivent chaque matin de leur monde magique et merveilleux aux mille couleurs flashy, où tout le monde est heureux, et qui vont, chaque fois qu’ils ouvriront la bouche, vous vomir leur gentillesse à la gueule.

Ses phrases fétiches :

« Waouh, tu es super beau/belle aujourd’hui ! »

« Tu es allé(e) chez le coiffeur ? Ça te va trop bien ! »

Vous vous êtes juste lavé les cheveux.

« Comment tu fais pour avoir cette mine si radieuse ? »

Tout.

Tout peut être un sujet à complimentations diverses et variées. Jusqu’à l’envie tenace d’avoir une mine aphteuse et un magnifique herpès labial purulent pour se sentir roi ou reine de beauté d’un jour.

Bien entendu, ces collègues sont de véritables trésors d’affection et d’ingéniosité. Oui, car il en faut pour trouver du positif après trois heures consécutives avec les 3e prépa pro, un vendredi après-midi par temps pluvieux, veille de vacances.

« ah non mais ils sont trop mignons, même quand ils s’enfoncent les compas dans les yeux »

Mais voilà, il y aura toujours le regard merveilleux sur la vie d’un enfant, ou cet air rafraîchissant dans le couloir après l’explosion d’une bombe puante au sein de votre cours.

4° Le Serial TinderTeacher

Inventif. Exhaustif. Joli tif. Vomitif.

Plus de 60 % des personnes ont déjà cédé à la tentation sur leur lieu de travail.

Voilà la phrase tatouée sur son omoplate.

Le « Pourquoi pas vous ? » étant situé… beaucoup plus bas. Avec les poils.

L’Éducation nationale ne déroge pas à la règle. Et possède son lot de séducteurs, de forceurs et autres chiens de casse.

Sa phrase fétiche :

« Je n’ai jamais eu une relation aussi féconde avec un(e) collègue. »

Comprenez qu’il ou elle veut juste vous féconder.

N’allez pas plus loin.

Et n’allons pas chercher à creuser un quelconque écart entre les hommes et les femmes dans ce domaine-là. Point de différence dans la recherche hybristique de l’hymen.

Ou la quête.

De la Stoukette.

Il faut donc veiller à toujours garder en tête quelques réflexes de base qui pourront vous sortir de bien des bourbiers.

Par exemple, que 30 centimes offerts pour un café n’engagent pas FORCÉMENT une transmission de 06 ; et qu’un projet pluridisciplinaire ne se conclut pas obligatoirement par un envoi de nude, aussi artistique soit-il.

En un slogan mnémotechnique : « arrête tes bluettes et rentre ta kekette »

5° Le Métro-boulot-boulot-peu-dodo-boulot

Ermite. Acolyte. Bonne conduite. Décrépite.

Vous voulez rencontrer ce type d’individu ?

6 h 30 au bahut, le matin.

Oui, je sais, il n’ouvre qu’à 7 h 15.

Alors, comment fait-il ?

En général, il reste dans les salles de classe pour peaufiner ses séances d’apprentissage. Vous ne le verrez jamais en SDP, sinon. Il se réfugie souvent dans sa forteresse de solitude. Avec Croix de Saint André et sandwich périmé. Pas le temps de s’alimenter.

Sa phrase fétiche :

« L’artiste transforme toujours tout sur son passage. Bien au-delà de ça, il transcende et transforme la forme par ce qu’il est. L’enseignant, pareil, mais avec des feutres Velleda. »

Ou comment ce professeur bâtit ses séquences avec le même soin que le samouraï observe les lois du bushido. Toute une force créatrice au service de l’enseignement.

Émouvant.

Vous découvrirez donc ces personnes au détour de légendes que l’on raconte dans les couloirs, comme :

« Celui qui a appris la règle de trois à Enzo. »

Ou :

« Celle qui murmure à l’oreille de Lorenzo. »

Des mythes.

Ils apparaîtront, nimbés de lumière, lors des conseils de classe, où ils seront écoutés dans un silence religieux, avec une attention papale et palpable.

Et si vous avez la chance d’opérer près de leur territoire, vous n’aurez qu’à tendre l’oreille et essayer de capter des bribes de leur science, entre création de théâtre postmoderne pour apprendre les conjugaisons du premier groupe et élaboration d’un mini-système solaire en cornets de frites pour expliquer le développement durable.

6° La Vipère hautaine

Médisante. Salissante. Grinçante. Dents jaunies dans l’enfer de Dante.

Nous sommes tous enseignants.

Mais rien de ce qui est homme ne nous est étranger.

Même les parties les plus viles de l’individu.

C’est ainsi que vous retrouverez sans doute, dès septembre, ce type de collègue qui arrive si aisément à casser du sucre sur le dos d’un autre, avec une facilité déconcertante.

Et quand on dit casser…

N’ayons pas peur des mots.

On parle plutôt d’une entreprise de démolition massive, du genre sulfateuse à quolibets.

Oui, car tout est critiquable.

Et tout sera critiqué.

Sa phrase fétiche :

« Ah, mais on ne t’a rien dit sur… »

Suivie d’une atrocité professionnelle ou personnelle.

Un costume taillé à la tronçonneuse.

S’ensuivra un mouvement de tête en direction de la pauvre victime, suivi d’un petit rire sardonique.

Et le tour est joué.

Il est à noter que, si le monde a eu la chance de voir apparaître des lanceurs d’alerte, vous aurez sans doute à profiter des lanceurs de rumeurs.

On vous octroiera une liaison avec le prof de maths, ou la prof de SVT, ou les deux ensemble dans un barnum d’enfer, de 16 h à 17 h, en D202, alors que vous ne faisiez que déplacer l’armoire.

Du gossip.

Du sale.

De la tourbe.

Et toujours ce sourire radieux en façade.

7° Le Collègue à convictions

Rétro. Branchouille. Brouille. Fripouille. Casse-couilles.

Certains sont plus évidents à repérer que d’autres.

Celle qui affichera l’équarrissage sanguinolent d’un troupeau de porcins sur son casier.

Ou celui qui conclura toujours une conversation par une citation de Daenerys. Sans qu’il y ait un quelconque rapport avec le propos tenu.

Oui, il y aura forcément parmi vous des gens qui ont des passions poussées à l’extrême, ou des choix de vie qui rejaillissent fortement sur leur manière d’être et d’enseigner.

Pas de phrase fétiche à proprement parler. Mais un épiderme qui se soulève en mode gallinacé chaque fois qu’un pauvre hère franchira une limite invisible.

Créant un débat.

Un affrontement.

Un choc parfois frontal.

La féministe très incarnée rencontrant la misogynie ordinaire du prof de maths au cours d’un conseil de classe.

Jusqu’au gars capable de discourir pendant 2 h 45 sur le Japon féodal alors que vous avez juste dit « Sayonara » avant de partir en week-end.

Bah oui, mais non, quoi.

Et ne parlons pas des opinions religieuses ou politiques pouvant entraîner des séismes au sein des équipes ou des salles de classe.

Agir en bon fonctionnaire de l’État, bla bla bla bla…

Peu importe le sujet de départ. Avec lui, toute conversation est un rond-point dont sa conviction occupe le terre-plein central. Et vous vous tournez autour pour en sortir.

8° Le Théâtreux

Magistral. Caricatural. Bancal. Image d’Épinal.

Le monde est une scène, dit William.

Et l’École en est une sacrée autre.

On nous dit, dans les formations de profs, qu’il faut être un bon acteur pour être un bon prof, qu’en arrivant en classe nous déclamons, tel un Francis Huster habité, notre séance sur les suites arithmétiques.

Et il y a des collègues dont on sent immédiatement le talent pour l’exercice.

Toujours dans l’emphase, mais pas seulement avec les élèves.

Avec tout le monde.

Une simple migraine, et c’est l’embolie gazeuse.

Une inspection ?

Un branle-bas de combat général dont il faudrait parler sur les chaînes d’info.

Pas de phrase fétiche, mais toujours une montée vocale impressionnante. Pourquoi s’exprimer et discourir avec une seule personne, alors que douze autres peuvent être mises au courant grâce à un éclat de voix ?

Tel un stentor, vous entendrez, à 2,5 kilomètres à la ronde, sa séance sur les possessifs et comment il a bouté hors de la salle le vil Lucas, qui lui a manqué de respect en l’imitant, de fort mauvaise manière.

Le théâtreux est en effet trop incarné pour être correctement imité.

Surtout lorsqu’il joue Hamlet au spectacle de fin d’année :

« Je fais ça, mais tu sais, c’est qu’on m’a forcé la main, hein ! » Ta gueule Hamlet.

9° Voldeprof, celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom

Sombre. Décombres. Hécatombe. Concombre.

Oui, par bahut, on en a toujours une ou plusieurs.

Cette personne que vous côtoyez. Dotée d’un discours clair. Poli. Voire aimable. Avec qui vous pouvez échanger à la pause déjeuner et qui vous a passé son parapluie un soir d’orage.

Et pourtant, passée la porte de la classe, les élèves vous la décrivent comme le pire des fléaux.

Un mélange d’Attila et de Gargamel.

La voir est un supplice.

L’avoir en classe, une plaie purulente ayant tendance à s’infecter.

Sa phrase fétiche :

« De toute manière, on n’est pas là pour les aimer ou pour être aimé ! »

J’ai envie de te dire : ça tombe bien, là, pour le coup.

Car, niveau affect, on serait proche de la fosse des Mariannes.

Éternel débat donc, et gouffre de Helm, entre la personne que l’on est intrinsèquement et celle qu’on renvoie ou qu’on veut être avec nos élèves.

Si certains sont les mêmes, d’autres se créent des carapaces mode titane pour ne pas être atteints par les jeunes ; d’autres encore sont volontairement durs et opaques, car on ne doit pas pactiser avec l’ennemi.

Pour plus de respect et un meilleur apprentissage dénué d’affect.

Le seul conseil est de ne pas se balader avec eux dans la cour de récré.

Mais merci pour le parapluie. Ah merde il est cassé.

10° Le Profigratteur

Sivouplé… Allez… Me faudrait… Si jamais…

L’éternel collègue qui ne te parle QUE lorsqu’il a quelque chose à te demander.

Toujours embêté au départ. Forcément, il ne connaît pas ton nom.

Ni ton prénom.

Et ce que tu enseignes, alors là…

Il est souvent incapable de dire quand tu es arrivé dans l’établissement et pourtant, il sait où se trouve ton casier.

Ses phrases fétiches :

« Excuse-moi, tu n’as pas 20 centimes pour mon café ? La prochaine fois, c’est pour moi ! »

Ou :

« Excuse-moi, on m’a dit que tu pouvais avoir des réductions pour… »

Ceci sans aucune sensation de gêne ou de remords.

Ça passe crème.

En sus de ces profiteurs, on a toujours les personnes qui se greffent aux projets sans y participer, comme si apposer leur nom sur le dossier était DÉJÀ un label ISO.

Ou qui viennent vous débusquer pour vendre des billets de tombola avant de s’enfuir prestement, vous laissant avec vos quinze carnets, sans avoir pu dire que vous étiez prof de français, et pas la nouvelle surveillante.

«  C’est Pierre c’est ça ? José. Ça commence pareil ! Tu payes le café ? »

11° Le Réunionniste terminal

Commission. Concertation. Digression. Dépression.

Il ne travaille pas nécessairement beaucoup.

Mais il se réunit pas mal. Nuance.

Le réunionniste terminal est persuadé qu’aucun problème ne saurait être résolu sans enfermer quinze adultes dans une salle mal ventilée, autour d’un paquet de madeleines industrielles, afin de répéter pendant deux heures ce que tout le monde savait déjà avant d’entrer.

Sa phrase fétiche :

« On pourrait peut-être se faire un petit point ? Entre midi et deux avec le casse dalle ? »

Non.

On ne pourrait pas.

Mais le mal est fait.

Le petit point prend immédiatement la forme d’un Doodle comportant trente-sept créneaux, dont aucun ne convient à personne. Après quatre-vingt-douze mails en « Répondre à tous », la réunion est finalement fixée un jeudi à 17 h 45.

Le réunionniste arrive avec un ordinateur, un carnet Moleskine et cette expression grave des gens qui s’apprêtent à négocier la libération d’otages.

Il commence par proposer un tour de table.

Vous êtes douze.

Vous travaillez ensemble depuis neuf ans.

Mais chacun doit néanmoins rappeler son prénom, sa matière et « son état d’esprit du moment ».

L’état d’esprit du moment est simple :

L’homicide.

Puis vient la phase de contextualisation. Le problème initial était qu’il manquait trois chaises en B204. Une heure plus tard, vous débattez du climat scolaire, du sentiment d’appartenance, de la verticalité institutionnelle et de la nécessité de replacer l’élève au cœur d’un dispositif transversal et inclusif.

Les chaises manquent toujours.

Mais un groupe de travail sera créé.

Piloté par vous.

Car vous avez eu l’imprudence de regarder le réunionniste dans les yeux au moment où il demandait un volontaire.

Avant de partir, il conclura :

« On ne va pas se quitter comme ça. Il faudra prévoir un deuxième point. »

Le prochain créneau est déjà réservé.

Jeudi. 17 h 45. Avec restitution des ateliers. « Menez votre casse dalle en cas ! »

12° Le Technoplouc institutionnel

Clic droit. Doigt froid. Mot de passe. Trépas.

Il enseigne depuis vingt-sept ans.

Il possède un ordinateur depuis vingt-six.

Mais chaque démarrage de Windows constitue encore pour lui une plongée dans les mystères de la NASA.

Sa phrase fétiche :

« Toi qui t’y connais en informatique… »

Vous avez réussi à joindre un fichier PDF à un mail en 2018.

Depuis, vous êtes officiellement son ingénieur système.

Le Technoplouc institutionnel ne se souvient jamais de son mot de passe. Il l’a pourtant écrit sur un post-it jaune collé directement sur l’écran, sous la mention :

« MOT DE PASSE PRONOTE — NE PAS JETER : 1234 »

Il appelle le bureau Windows « la page Google », imprime ses mails pour pouvoir les lire et prend une photo de son écran avec son téléphone afin de vous montrer un message d’erreur.

La photo est floue.

Le flash masque le message.

Mais il insiste :

« Tu vois ce que ça veut dire ? »

Non.

Personne ne voit rien.

Même Dieu a demandé une meilleure résolution.

Lorsqu’on lui explique qu’il faut faire un clic droit, il lève la main droite.

Lorsqu’on lui dit de fermer la fenêtre, il se dirige vers celle de la salle.

Lorsqu’un site lui demande d’accepter les cookies, il cherche le bouton « Refuser les gâteaux ».

Mais le plus admirable reste qu’après avoir passé trois heures à vous demander comment convertir un document Word en PDF, il sera désigné référent numérique de l’établissement.

Pourquoi ?

Parce qu’il a exprimé un intérêt pour la question.

Il animera donc prochainement une formation intitulée :

« Développer les usages responsables de l’intelligence artificielle dans une démarche pédagogique hybride. »

Le diaporama ne s’ouvrira pas.

Vous devrez l’aider.

13° Le Fantôme titulaire

Invisible. Injoignable. Imputrescible. Pourtant dans l’organigramme.

Vous savez qu’il travaille dans l’établissement. Pourquoi ?

Son nom est sur un casier.

Une tasse sale portant ses initiales repose dans l’évier depuis 2019.

Certains anciens prétendent même l’avoir aperçu, un matin de novembre, près du laboratoire de sciences.

Mais rien n’a jamais été formellement prouvé.

Sa phrase fétiche :

« Ah, désolé, je ne serai pas là. »

Le Fantôme titulaire ne sèche pas les cours.

Il est en mission.

En formation.

En accompagnement.

En coordination.

En réunion extérieure.

En sortie pédagogique sans élèves.

Il participe à un projet européen dont personne ne connaît ni le nom, ni le financement, ni le pays concerné. Souvent hors UE.

Il est membre de huit commissions, mais ne vient à aucune. Il s’excuse toujours la veille grâce à un mail programmé contenant la formule :

« Retenu par d’autres obligations institutionnelles. »

Quelles obligations ?

Institutionnelles ? Syndicales ?

N’insistez pas.

Ses élèves passent davantage de temps avec des remplaçants qu’avec lui. À tel point qu’en le découvrant enfin devant eux au mois de mars, ils lui demandent poliment :

« Monsieur, vous remplacez qui ? »

On ne le voit jamais aux réunions pédagogiques, aux conseils d’enseignement ou aux surveillances d’examen.

En revanche, il apparaît spontanément lorsqu’un buffet est installé. Ou quand il y a une critique à formuler au CSE.

À 12 h 02 précises, il se matérialise près des petits fours, une serviette en papier à la main, avec l’assurance naturelle de celui qui a personnellement organisé la réception.

Il demande :

« Alors, quoi de neuf au bahut ? »

Tout.

Absolument tout.

Puis il avale trois navettes au saumon, récupère une bouteille pour « la réunion de cet après-midi » et disparaît dans un courant d’air.

Son casier restera fermé.

Sa tasse restera dans l’évier.

Et son nom figurera en tête du prochain projet pédagogique. Ou la prochaine réunion du CSE.

Comme porteur principal.

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