L’Éducation nationale vient encore de se faire pirater. Encore.
À ce stade, ce n’est plus une cyberattaque, c’est une porte ouverte avec un petit tapis marqué « Bienvenue » devant. Mais heureusement, l’institution veille. C’est pour ça que vous arrivez pas à les joindre par tel depuis mai. Ils sont tous en alerte piratage avec un perroquet qui braille et un bandeau sur l’œil.
Car depuis des années, elle nous rappelle avec beaucoup de sérieux que la sécurité numérique est l’affaire de tous, et surtout la nôtre. Il faut protéger nos accès, ne jamais communiquer nos identifiants, éviter les mots de passe trop simples, reconnaître les tentatives de phishing et surtout rester vigilants. Sérieux on était presque rassurés.
Parce que pendant que le professeur est sommé de protéger son compte comme s’il gardait les codes nucléaires de l’Élysée, quelqu’un semble régulièrement entrer dans les systèmes de l’Éducation nationale avec la délicatesse d’Enzo ouvrant une porte de salle de classe à coups de pied car il a eu que 18 au devoir où il a pompé comme un sagouin.
Les adultes ont donc un devoir : apprendre. Une casquette de plus à porter fièrement et qui propulse l’enseignant dans le 21ème siècle avec un matos souffreteux du 20ème siècle.
Et puisque le ministère semble avoir quelques difficultés à appliquer lui-même ses propres conseils, Monsieur Z propose modestement quelques règles élémentaires.
1° Choisissez un mot de passe suffisamment sécurisé
Votre mot de passe doit contenir au minimum douze caractères, une majuscule, une minuscule, trois chiffres, un caractère spécial, une rune viking et le deuxième prénom de votre arrière-grand-mère.
Évitez évidemment :
123456
Password
Enzojaienviedetecrever
ou encore :
jefistelEducationNationale2026
Beaucoup trop facile car tout le monde l’utilise.
Votre administration vous recommandera plutôt quelque chose comme :
K3nz@_Me_C@ss3_Les_Couill3s!2026
Parfait. Un code wifi mais en mieux.
Vous ne vous en souviendrez jamais, mais aucun pirate non plus.
Vous l’écrirez donc sur un Post-it collé directement sous votre écran.
Et surtout, ne perdez jamais ce mot de passe.
Parce qu’à la troisième tentative erronée, votre compte sera bloqué.
Pendant vingt-quatre heures. De toute manière vous connecter sur votre portail vous file la nausée et de l’acné juvénile.
2° Ne cliquez jamais sur un mail suspect
Un jour, vous recevrez :
BONJOUR JE SUIS VOTRE INSPECTEUR ET JE VAIS VENIR VOUS VOIR POUR FAIRE UN POINT POSITIF ET BIENVEILLANT SUR VOTRE CARRIERE
Ne cliquez pas.
Même si vous attendez votre passage en hors-classe depuis quinze ans.
Votre inspecteur ne peut pas écrire positif et bienveillant dans la même phrase vous concernant.
Surtout si le mail se termine par :
« Cordialement et pédagogiquement vôtre. » C’est du fake.
Une formation obligatoire vous apprendra à reconnaître ce type de phishing.
3° Ne communiquez jamais vos données personnelles
Vos données sont précieuses.
Votre date de naissance. Votre adresse. Votre numéro de téléphone. Votre situation administrative. Votre carrière. Vos goûts en matière de torture du Moyen âge.
Tout cela doit être protégé avec le plus grand soin.
Vous ne devez donc jamais les communiquer à quelqu’un que vous ne connaissez pas. Comme la plupart des gens avec qui vous travaillez.
En revanche, vous pouvez les saisir tranquillement sur quatorze plateformes différentes dépendant de l’Éducation nationale.
Arena.
I-Prof.
Cyclades.
Colibris.
EduConnect.
Odyssée de mes couilles.
Imagin your people
L’ENT.
Et probablement bientôt MonEspaceUltraSécurisé.gouv.education.beta.v4.
Un seul identifiant serait dangereux.
Quatorze, c’est beaucoup plus sûr.
Surtout lorsqu’on oublie lequel fonctionne où.
Et quand une plateforme vous demande une double authentification, le code arrivera naturellement sur le téléphone que vous avez laissé dans votre casier pour respecter les nouvelles consignes de sobriété numérique. Ou sur votre boîte académique. Celle des anciens serveurs sous l’union soviétique.
La simplification institutionnelle est une forme supérieure de cryptage. Le colibris on l’a dans le cul et il gazouille encore.
4° Signalez immédiatement toute activité suspecte
Votre ordinateur se met à ralentir ?
Une fenêtre apparaît toute seule ?
Un programme vous demande votre mot de passe trois fois ?
Pronote plante au moment de faire l’appel ?
Non. Tout ça c’est votre quotidien avec Windows 98. Surtout quand vous voulez lancer MSN avec les copains
Mais pour le reste, contactez immédiatement le service informatique du bahut
Le service informatique vous répondra :
« Avez-vous essayé d’éteindre et de rallumer l’ordinateur ? »
Oui.
Trois fois. Ça a pris deux jours
« Avez-vous changé de navigateur ? »
Oui. J’ai essayé Tabarly mais il est décédé.
« Dans ce cas, ouvrez un ticket. »
Vous ouvrirez un ticket.
Le ticket vous demandera de vous connecter. Et de patienter.
La connexion ne fonctionnera plus. Souvent jusqu’à votre mort
Votre incident est désormais parfaitement sécurisé par un expert en informatique en habit de fossoyeur numérique : REST DANS TA PISSE.
5° Ne stockez jamais d’informations sensibles n’importe où
Un pirate qui entre dans les serveurs de l’Éducation nationale s’attend probablement à découvrir de grands secrets.
Des documents confidentiels. Des stratégies d’État. Des informations d’une valeur inestimable.
Il repartira finalement avec :
la mutation refusée de Jean-Marc en 2014 ;
Quatre-vingt-trois convocations à des formations sur la différenciation pédagogique ;
le compte rendu du conseil pédagogique du 7 novembre 2018 avec la salaison des frites qui avait fait grand bruit.
Une demande de remboursement de 14,72 euros jamais traitée pour un sandwich thon mayo en formation sur les tensions au travail
Après avoir téléchargé quarante gigaoctets de documents administratifs, le hacker lui-même pourrait finir par écrire :
« Bonjour, pouvez-vous me retirer de votre liste de diffusion ? J’ai vu la lumière blanche au bout du tunnel. »
Ou pire.
« Putain, mais vous classez vraiment tout ça comme ça ? »
Puis proposer bénévolement une formation aux services informatiques.
6° Et surtout : restez vigilants
C’est probablement le conseil le plus important.
Soyez prudents.
Ne laissez pas votre ordi sans surveillance. Thomas, qui est incapable de se moucher sans se mettre de la morve plein les doigts est peut-être un hacker russe.
Ne cliquez pas n’importe où. Arrêtez de consulter des sites pornos. Non pas qu’ils soient bloqués mais vos élèves en connaissent des meilleurs.
Ne branchez pas une clé USB trouvée dans un parking. C’est sans doute celle de la sextape entre le comptable et la prof d’éco gestion où elle crie « fais moi venir jusqu’au bilaaaaaaaaaaan ». Personne ne veut voir ça même sous torture.
Bref, soyez irréprochables.
Pendant ce temps, l’institution se fera éventuellement ouvrir pour la troisième fois de l’année. Aussi ouverte qu’une maison close à la Jonquera, avec le savon et le lubrifiant anal en moins.
Puis viendra le traditionnel mail :
« Nous vous informons qu’un accès frauduleux a pu entraîner l’exfiltration de certaines données personnelles. »
Vous changerez alors votre mot de passe.
Encore.
Vous attendrez des excuses ou à minima une augmentation pour préjudices subis.
Encore.
Vous cocherez une case attestant que vous avez bien pris connaissance des recommandations de sécurité.
Encore.
Et l’Éducation nationale vous rappellera solennellement que la cybersécurité est l’affaire de tous.
L’État communique. Le rectorat transmet une note. La DSI lance une enquête. Netflix en fait une série où tout le monde passe pour des cons.
Encore.
Personnellement, j’ai déjà signalé une activité suspecte.
Le système informatique de l’Éducation nationale.