Août est un mois mensonger. Une petite arnaque bien ficelée. Un tour de passe-passe.
Il se présente comme un mois de vacances, avec ses nombreux apéros, ses plages bondées et ses photos d’ongles incarnés dopées aux filtres Insta face à la mer. Mais au fond, août n’est qu’un long dimanche soir déguisé en été. Une arnaque je vous dis.
Au début, pourtant, on y croit encore.
On ne sait plus quel jour on est. Normal tous les jours se ressemblent et on met quasiment les mêmes fringues. C. Cordula en PLS.
On mange à 15 heures. Souvent de la merde. Et on se couche à l’heure où, en temps normal, on commence déjà à regretter d’être encore éveillé. Tout ça en matant toutes les séries qu’on a zappées durant l’année car on s’endormait sur le bouton de la télécommande.
Pire encore, ce début de mois nous permet presque d’oublier son mot de passe Pronote, ce qui constitue probablement le seul véritable signe de repos chez un enseignant. Oui ça et gueuler « TAISEZ VOUS » à tout bout de champ.
L’école semble donc loin. Une autre personne. Une autre vie.
Puis arrive le premier avertissement. Merde.
Une publicité pour des fournitures scolaires. Par exemple pour le fameux agenda qu’ils n’achètent plus de toute façon car c’est ringard. Mais que vous vous achetez et que vous stabilotez avec des couleurs pastel pour les vacances. Ouais. On est tous des vrais ringards.
Elle surgit entre une réclame pour une crème solaire et une autre pour des merguez en promo. Et là vous vous retrouvez face à un enfant anormalement heureux qui choisit un cartable à roulettes pendant que sa mère sourit devant un lot de quarante-deux feutres lavables. Alors que clairement elle préfèrerait se taper 42 merguez.
Personne n’est aussi heureux devant des fournitures scolaires. Personne ne veut de ce foutu cartable à roulettes car les roues se coincent dans ces putains d’escaliers et elles finissent dans la gueule à Enzo un matin car il rend fou.
Au supermarché, les bouées disparaissent. À leur place, on installe des stylos, des classeurs et des cahiers décorés de licornes destinés à finir cornés, déchirés et couverts de « j’aime pas les maths » avant la Toussaint. Harry Potter qui se trouve affublé d’une grosse teub pour je cite « niquer tout ce qui bouge ». Poudlard dans le dur.
La rentrée commence toujours comme ça. De manière insidieuse. Par une invasion de fournitures inutiles qui nous envahissent du regard et nous dévorent comme des fourmis rouges.
On tente de détourner le regard, mais les grandes surfaces ont une stratégie très simple : placer les cartables entre l’entrée et l’alcool.
Impossible d’y échapper. C’est la première semonce.
Vers le 15 août, ça y est, ça sent vraiment le roussi façon feu de forêt rincé au canada dry.
Un collègue envoie un message sur le groupe :
— Quelqu’un a reçu les infos pour la pré-rentrée ?
Silence immédiat.
Tout le monde a lu.
Personne ne répond.
Répondre, ce serait admettre que les vacances ont une fin et que ce collègue existe toujours. Celui qui fait ça n’est de toute manière PAS un collègue. C’est un émissaire du mal.
Puis un autre écrit :
— Vous avez vu vos emplois du temps ?
Celui-là mérite d’être exclu du groupe. Exilé avec les Ouigours. Ou rue de Grenelle.
Car tu le sais, il existe toujours un enseignant pour consulter son emploi du temps trois semaines à l’avance, puis annoncer aux autres qu’il est « plutôt pas mal cette année ». Comme s’il payait sa tournée, mais avec une vieille eau misérable périmée.
C’est généralement celui qui ne travaille pas le vendredi après-midi.
Les autres actualisent la page en secret, comme on vérifie les résultats d’un examen médical.
Ils espèrent une bonne nouvelle. Merde. Blennorragie et cystite sur le prépuce.
Huit heures de trou, trois bâtiments différents et une classe placée le vendredi de 16 à 17 heures. OUI CETTE CLASSE-LÀ.
L’administration appelle cela une organisation pédagogique.
L’enseignant appelle cela une rupture de la convention de Genève. Deuxième coup de semonce. A la carotide.
Et à partir du 20 août commencent les bonnes résolutions.
Cette année, je préparerai mes cours à l’avance. Faut déjà que je retrouve mon sac et le mot de passe de mon ordinateur.
Je corrigerai les copies rapidement.
Je ne laisserai rien traîner sur mon bureau.
Je ne me plaindrai pas en salle des profs.
Je ne répondrai pas sèchement aux mails qui commencent par : « Je me permets de revenir vers vous. »
Ces résolutions sont magnifiques.
Elles ont à peu près la même espérance de vie qu’un bâton de colle en sixième. Le bâton qui sert à coller les cheveux de « Kenza cette bouffonne. »
Pendant ce temps, les élèves profitent encore de leurs vacances. Ils imaginent probablement que les professeurs passent l’été à préparer des cours passionnants, à lire des ouvrages pédagogiques et à réfléchir à de nouvelles méthodes innovantes.
En réalité, l’enseignant passe surtout le mois d’août à repousser le concept de rentrée à coup de barbec et de mojito à bas prix. En se disant juste cette phrase que vous avez tous prononcé en suffocant la nuit par 42°
« heureusement qu’en août on bosse pas hein, avec cette chaleur »
Le déo de Kevin « séduction fruits rouges et banane écrasée » en PLS.
À la fin du mois, août cesse complètement de faire semblant. Il montre son vrai visage comme Patrick Bruel devant un massage de la voûte plantaire. Tu sais que ça va partir en couilles.
Les groupes de collègues se réveillent.
Les mails de la direction commencent à tomber.
« et oui, en tant que chef d’établissement, j’ai repris depuis plus d’une semaine » ( qui s’en fout ???)
« Quelques informations importantes. »
« Organisation de la pré-rentrée. »
« Merci de prendre connaissance des pièces jointes. »
Il y a neuf pièces jointes.
Trois tableaux Excel.
Deux circulaires.
Un document de quarante pages que personne ne lira, mais auquel tout le monde devra se conformer. Ecrit en tout petit, caractère 8 sans interligne.
Et toujours cette phrase :
« Nous espérons que vous avez passé de bonnes vacances. »
Une phrase traditionnellement suivie de plusieurs mauvaises nouvelles. Comme pour faire passer une grosse gélule qui va piquer la gorge.
Voilà, vous avez retrouvé votre cartable. Sous la pile des habits de plage à mettre sur Vinted à cause des barbecs.
À l’intérieur : un feutre sans bouchon, un paquet de mouchoirs vide, une copie sans nom. Assez brillante et un sandwich qui bénéficie désormais d’un écosystème autonome.
On jette le sandwich.
On garde la copie.
Au cas où.
Puis arrivent les cauchemars de rentrée. Quasi le coup fatal.
On se retrouve devant une classe inconnue, sans cours, sans liste d’élèves et parfois sans pantalon. Ca fait chier. Comment faire l’appel du coup ?
Enfin, le téléphone vibre.
Un dernier mail. 25 août.
Objet : Programme de la journée de pré-rentrée.
Réunion à 8 h 30.
Accueil convivial. Mon cul
Café offert. Et deux croissants rances à faire passer avec le bon Xanax des familles.
À cet instant, les vacances sont officiellement terminées. Fin du subterfuge.
Pas à cause de la réunion.
À cause du café offert.
Tout enseignant expérimenté sait qu’un café offert n’est jamais gratuit.
Il sera payé en trois heures de diaporama. Cash.
Août est un mois carnavalesque dont il faut se méfier.
Savourez chaque merguez. Comme si c’était votre dernière bouchée du dimanche soir.
Je pars en vacances demain matin jusqu’au 26, il me reste encore un peu de déni.
Le déni c’est notre BENZIN
Merci pour ces sourires du mois d’Aout..tellement réaliste
Il y en a plein qui arrivent restez connectée !!!
Oh non…. C’est vraiment la fin des vacances? 16 août … cette nuit j’ai préparé le cours des 1ères ! Le mois d’août est vraiment terrible !
Les cours la nuit ….. Le clubs des insomniaques !!!
J’ai ri… jaune. Parce que c’est tellement ça !
Rire jaune vaut mieux qu’une jaunisse !
20e rentrée pour moi cette année, déni presque total puisque j’ai acheté mon agenda… Pour pouvoir le décorer d’insultes en grec ancien que seuls mes anciens élèves et moi pourront comprendre 😈
Quel plaisir ! Moi j’écris en français et ils ne comprennent pas non plus !
Ce cynisme fait un bien fou ! Je suis partie en juillet, j’ai bien fait, Le 15, c’est mort, j’ai beau me dire qu’il reste encore des journées pour s’avancer et repartir mieux. A chaque fois, comme la maman d’ Amélie Poulain je veux faire, refaire et » enfin tout ranger ». Je suis le hamster sur sa roue et je n’aime pas les rongeurs.
Un hamster qui court dans sa roue c’est Z qui court après sa motivation …..
Merci pour cette lecture qui me fait réaliser que ça y est, on est en août… 🥺😳😱 je crois bien avoir laissé une boîte repas vide dans mon sac… je n’ose pas regarder. On verra ça après le 15. Sur ce, je crois bien que c’est l’heure de l’apéro.
La boîte aurait pu être pleine! Merci pour votre partage et merci de commenter ce site! Parlez en autour de vous 🙂
J’adore tes chroniques Monsieur Z, c’est tellement la réalité, j’ai bien ri🤣
Merci beaucoup pour ce gentil commentaire ! N’hésites pas à faire venir des amis 🙂